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Loi du 11 février 2005
Présentation
L’Unisda (Union nationale pour l’Insertion Sociale du Déficient Auditif) fédère les principales associations représentatives des publics de personnes sourdes ou malentendantes qui (...)
 
 
Dernière mise à jour :
11 mai 2017


 


Détresse psychologique : poursuite du chantier de l’Unisda

Parmi les actions prioritaires choisies par l’assemblée générale de l’Unisda du 13 juin dernier pour l’année 2009, le chantier sur la détresse psychologique des personnes sourdes ou malentendantes a été confirmé.

Une conférence-débat a été organisée par l’ANPEDA le 25 avril 2009 à Lyon sur le thème de la détresse psychologique des jeunes et adultes sourds et malentendants. L’action du groupe de travail mis en place par l’UNISDA sur ce sujet a été présentée (voir le précédent article paru->...). Le débat nourri qui a suivi a montré l’ampleur des questions et la diversité des situations. Il a permis aussi de révéler l’existence d’un réseau informel de psychologues sur Rhône-Alpes et Auvergne.

Un médecin psychiatre invité, chef de service dans un hôpital psychiatrique de Lyon, a indiqué qu’avec des collaborateurs ils prenaient en charge essentiellement des personnes assez gravement malades au niveau psychiatrique, mais qu’il n’y avait pas de personnel spécialisé pour l’accueil de personnes sourdes.
La difficulté de l’intervention d’un interprète en LSF, constituant une tierce personne, a été soulignée. Pour lui, cela oblige à appliquer un filtre supplémentaire pour élaguer les contenus émotifs qui peuvent être ceux de l’interprète. Le travail du psychiatre est rendu aussi plus délicat pour repérer les émotions qui s’avèrent décalées par rapport au langage. De même, si le patient sourd est amené à écrire, car on ne voit pas l’émotion au bout du stylo.
Par ailleurs, il arrive que des patients qui ont un problème psychiatrique relèvent d’une psychothérapie et, là, les équipements publics et privés s’avèrent défaillants. L’idéal serait qu’il existe des thérapeutes formés à la LSF, tout en sachant qu’il existe des écoles chez les psychiatres entre psychiatrie biologique et psychiatrie psychique.

Des personnes sourdes et malentendantes ont témoigné des difficultés rencontrées par les adultes sourds lorsqu’ils n’ont pas la possibilité de communiquer directement avec les professionnels. Connaissant trop bien les interprètes, ils ne souhaitent pas avoir d’intermédiaire avec le psychiatre ou le psychologue. Beaucoup de sourds ne consultent pas pour ne pas avoir recours à des interprètes, alors qu’ils souffrent et connaissent des détresses dans leur vie de tous les jours.
C’est la raison pour laquelle ils se mobilisent pour la création sur Lyon d’un pôle de santé pour les sourds. Un appel aux entendants pour soutenir ce projet a été lancé.

Une directrice de service pour enfants et adultes sourds a souligné qu’on ne peut réduire la surdité à un problème de communication. Il y a de grandes similitudes de comportement entre un né sourd gestuel et un né sourd oraliste. Il est important d’informer sur les incidences de la surdité.
Peu de professionnels sont en mesure de comprendre cette situation, s’ils ne l’ont pas expérimentée durant leurs études lors de stages. Un des objectifs du groupe de travail de l’Unisda est d’arriver à ce que les professionnels communiquent sur leurs expériences afin de valoriser les bonnes pratiques.

Plusieurs psychologues intervenant auprès d’enfants et de jeunes sourds, membres d’un réseau informel de professionnels sur Rhône-Alpes et Auvergne, se sont exprimés sur leurs pratiques.
Pour l’un d’entre eux, quel que soit le mode d’intervention, par l’interprétariat ou la pratique de la LSF, cela ne permet pas de donner à l’enfant sourd tout ce qui peut être apporté avec un enfant entendant. Par exemple, lorsqu’un enfant sourd joue et qu’on essaie de lui dire quelque chose sur le jeu, on met du signe en mobilisant son attention et cela risque d’interrompre quelque chose de spontané.
Bien souvent la souffrance qu’on rencontre chez les enfants, est de ne pouvoir communiquer avec leurs propres parents ou les professionnels qui en ont la responsabilité. C’est préoccupant pour certaines institutions spécialisées. Un dialogue avec ces établissements spécialisés est indispensable pour progresser dans la prise en compte de la souffrance psychique des enfants sourds.
Pour un autre, le recours à un interprète, suppose de fait une interprétation. Si les interprètes ont pour mission de transmettre le sens des choses, la manière dont ils traduisent peut varier d’un interprète à l’autre.
De plus, une autre source de difficulté est pointée lors de l’annonce précoce de la surdité aux parents. Dans cette période de deuil à faire par rapport à l’enfant qu’ils ont imaginé, il leur est demandé de choisir entre un parcours signant ou oraliste, sans avoir tous les éléments d’information pour décider.
Si, en face à face, l’enfant doit avoir le libre choix du mode de communication, il est observé qu’en situation de groupe, les enfants sont quasiment tous dans les signes. Cela peut conduire à des frustrations pour un enfant implanté.
Enfin, une psychologue, ayant travaillé en IME auprès d’enfants sourds avec handicaps associés, constate qu’il n’y a globalement pas beaucoup de moyens dans les institutions pour prendre en charge la détresse psychologique des sourds. Au quotidien, il n’est parfois pas possible de répondre à certaines demandes. On est obligé de fixer des priorités au niveau psychologique, ce qui est grave, en déterminant le besoin d’un enfant par rapport à un autre. La situation est pire pour les jeunes sortis des établissements qui se retrouvent sans accompagnement.

Une parente entendante d’un jeune adulte sourd, participant aux commissions des droits et de l’autonomie d’une MDPH, a fait observer qu’en ce qui concerne le choix du mode de communication le projet de vie est primordial car il guide les orientations des enfants dans les premiers temps. Il est possible d’y indiquer à la fois le besoin de la langue des signes, du LPC pour communiquer avec l’enfant et l’entourage, selon la possibilité de la personne qui est en face ou du choix de l’enfant. Il ne faut pas s’enfermer dans un choix qu’il ne sera plus possible d’élargir par la suite.
Concernant les interprètes, leur restitution doit être fidèle à ce qui a été exprimé par la personne sourde, y compris ses émotions. Enfin, la connaissance du diagnostic de la surdité à la naissance, permet de mettre en place une communication avec l’enfant dès le premier jour. C’est très importante car on peut exprimer à l’enfant des tas de choses avec le visage, car il comprend tout.

Les jeunes et adultes sourds vivant des échecs d’insertion professionnelle vivent également des situations de détresse. L’expérience de professionnels et du service de l’Urapeda Rhône-Alpes montre que les entreprises qui embauchent des personnes sourdes sans faire l’effort de la communication connaissent l’échec et ne renouvellent pas l’expérience. Une personne sourde isolée ne peut pas rester sans communication sur son lieu de travail au milieu des autres, au bout d’un moment elle quittera l’entreprise. Toutefois, il n’est pas toujours aisé de mettre en place un accompagnement adapté pour chaque personne.
Notons ici que beaucoup de psychothérapeutes disent que tant que le jeune sourd est pris en charge dans une institution les choses vont plutôt bien, mais dès qu’il en sort, il prend conscience de la difficulté que représente l’insertion sociale et professionnelle pour les personnes sourdes. C’est dans cette période, généralement, que de graves dépressions interviennent. Il faut faire très attention à ce moment crucial, car certains ne le surmontent pas.

Le plus souvent, on se préoccupent des meilleures études qui permettront à la personne sourde de s’insérer, mais, sans un équilibre psychologique construit parallèlement, des difficultés d’insertion apparaîtront.

Le groupe de travail de l’Unisda a été mis en place pour éclairer cette réalité qui, sans être niée, est minimisée. Il est important qu’on puisse en parler librement, même si ce n’est pas une question qu’on aborde facilement. L’enquête nationale projetée veut, sans tabou, prendre la mesure des difficultés rencontrées (le questionnaire est en cours de validation).

Jean-Louis Bosc
animateur du groupe de travail
contact : detressepsy@unisda.org

Retour à l’invitation à la rencontre du 6 novembre 2009


 

 

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